La table ronde interactive avait pour thème Établissement du XXIe siècle et Numérique. Jean-Pierre Quignaux de l'Assemblée des Départements de France agissait comme modérateur. Ce thème est complexe, au sens de la définition du sociologue Edgar Morin: est complexe ce qui est multiple et incertain. Notre objectif dans cette synthèse est de rendre compte en dix points de cette complexité, dans le respect des opinions parfois divergentes des participants.
(1) La table ronde a mis en évidence les multiples dimensions du thème: administrative, politique, économique, pédagogique, sociale, technique et environnementale, entre autres. Multiples aussi ont été les canaux de diffusion permettant aux participants de livrer leurs témoignages et opinions en modes présentiel et à distance: Twitter, FaceBook, les blogues, même les télévoteurs (comme on dit au Québec), soit l'ActivClassroom (Promethean France) qui a permis aux gens présents de répondre à quelques questions génériques.
(2) Les expériences sont aussi liées à de multiples contextes nationaux et culturels: la France et ses territoires, bien sûr, mais aussi la Norvège, la Belgique et le Québec, grâce aux gazouillis de quelques collègues d'ici et d'ailleurs. Un responsable du Norwegian Centre for ICT in Education a présenté le programme Digital Literacy in Norwegian Education, mis en œuvre en 2006.
(3) En ce qui a trait à l'incertitude, elle était inscrite en filigrane de la plupart des interventions et liée principalement à la difficulté de réaliser les politiques éducatives, considérant la multitude d'acteurs légitimement conviés à participer à leurs mises en œuvre, et aussi à cause des valeurs, des intérêts et des visions du monde différentes qui motivent leurs actions.
(4) La question du territoire et des juridictions est à prendre en compte. Il est important de bien définir les responsabilités juridiques, politiques et sociales de chacun, mais des zones grises ne manquent pas d'apparaître, surtout en ce qui a trait aux questions de financement et d'entretien du matériel. Les collectivités territoriales, et pas seulement l'État, doivent proposer des politiques éducatives. En auront-elles les moyens? Devront-elles inscrire leurs actions dans un cadre commun ou pourront-elles disposer d'une relative autonomie?
(5) Le numérique pour l'apprentissage amène des ruptures dans l'unité de temps et de lieux. Les ruptures ne sont pas nécessairement des révolutions radicales, mais elles questionnent l'unité de la classe. Il faut garder à l'esprit la finalité de la chose: la réussite scolaire et éducative. La question des ruptures présente un défi pour les administrations qui doivent expérimenter des manières différentes de manager l'établissement scolaire. Il est possible ici de signaler les difficultés que se présentent à l'aube de la rentrée scolaire en France, en lien avec la disponibilité du matériel pédagogique. Trop souvent, au quotidien et dans le feu de l'action, on insiste sur les moyens en oubliant les fins.
(6) La formation du personnel de l'éducation aux possibilités et aux modalités du numérique est un défi important, souvent occulté. On investit généralement dans les outils, et fort peu dans la formation. L'enseignant est un passeur de savoir et un éveilleur de conscience. Ces rôles doivent continuer de caractériser la profession car les relations humaines constituent un des fondements de la construction de l'identité des élèves. La posture de l'enseignant change, de même que son rapport au savoir. Il faut introduire la différentiation pédagogique.
(7) La question de la rémunération des enseignants producteurs de contenu numérique risque de devenir de plus en plus importante. Cela posera des défis au plan de la gestion. Disposerons-nous des sommes d'argent nécessaires?
(8) Il existe un décalage important entre le milieu social et l'école. Les natifs numériques (digital natives) sont très à l'aise avec les outils numériques. Ils les utilisent à profusion et de façon quotidienne. Qu'en est-il dans l'école? L'école est souvent un lieu de résistance, au plan du développement du numérique pour l'apprentissage.
(9) La question du logiciel libre a été peu discutée, mais elle est préoccupante pour plusieurs twitteurs et personnes présentes dans la salle. Il faudrait s'y intéresser de façon urgente.
(10) Il reste beaucoup de travail à faire. Néanmoins, les responsables demeurent zens, plutôt optimistes. La crise économique crée de l'incertitude et elle peut aggraver les inégalités déjà nombreuses. Mais elle force aussi les acteurs à se dépasser, à trouver de nouvelles solutions adaptées aux défis du temps présent. Il faut expérimenter les outils et capitaliser sur les expériences. Il n'existe pas un modèle unique: il faut s'adapter à chaque situation, à chaque contexte culturel.
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